7 signes qu’un traumatisme passé influence encore votre quotidien

Vous vous surprenez peut-être à réagir fortement à une remarque qui semblait pourtant banale. Vous vous excusez presque automatiquement. Vous demeurez tendu·e alors que tout paraît calme autour de vous. Certaines situations vous affectent beaucoup, sans que vous compreniez toujours pourquoi.

Les signes d’un traumatisme passé ne prennent pas toujours la forme de souvenirs envahissants, de cauchemars ou de crises visibles. Ils peuvent aussi se glisser plus discrètement dans les relations, dans la manière de prendre des décisions, d’accueillir une critique, de poser une limite ou de demander de l’aide.

Ces réactions peuvent avoir plusieurs explications. Elles peuvent être influencées par un événement traumatisant, mais aussi par de l’anxiété, de l’épuisement, des expériences relationnelles difficiles ou une situation actuelle instable. Leur signification dépend de votre histoire, de votre environnement et de la place qu’elles occupent dans votre quotidien.

Les sept signes présentés ici offrent des repères pour mieux comprendre certaines façons de vous protéger qui ont pu devenir automatiques avec le temps.

Avant de poursuivre :

Les réactions décrites dans cet article peuvent avoir différentes causes et ne sont pas nécessairement liées à un traumatisme passé. Prenez le temps de lire à votre rythme et accordez-vous une pause si le contenu devient difficile.

En situation de détresse ou de danger immédiat, communiquez avec le 988, Info-Social 811 ou le 911.

1. Vous vous excusez souvent, même lorsque ce n’est pas nécessaire

Vous arrive-t-il de dire « désolé·e » presque automatiquement lorsque vous posez une question, exprimez un besoin ou prenez simplement votre place?

Chez certaines personnes ayant vécu de la violence, de l’humiliation, du rejet ou des relations très imprévisibles, s’excuser a pu devenir une façon de prévenir les conflits. Il pouvait sembler plus sécuritaire de s’effacer, d’accepter rapidement le blâme ou de ne pas trop déranger.

Avec le temps, ce réflexe peut demeurer présent, même dans des relations plus saines. Vous pouvez alors vous sentir responsable de l’inconfort des autres ou craindre d’être perçu·e comme exigeant·e, compliqué·e ou difficile dès que vous exprimez une limite.

L’excuse sert parfois à vérifier que la relation est toujours intacte : « Est-ce que tu es fâché contre moi? Est-ce que j’ai pris trop de place? Est-ce que je risque d’être rejeté·e? »

Une piste à essayer

Lorsque vous remarquez une excuse automatique, posez-vous la question :

« Ai-je réellement causé un tort, ou est-ce que j’essaie surtout d’éviter un malaise ? »

Dans certaines situations, vous pouvez remplacer l’excuse par une phrase plus juste. Au lieu de dire « Désolé·e de te déranger », vous pourriez essayer :

« Merci de prendre le temps de m’écouter. »

Ce petit changement permet d’exprimer un besoin sans vous placer immédiatement en faute.

2. Vous figez ou perdez vos moyens devant un ton brusque

Une personne hausse le ton. Une porte claque. Quelqu’un vous répond sèchement. Avant même que vous ayez eu le temps d’évaluer ce qui se passe, votre corps réagit.

Vous pouvez perdre vos mots, sentir votre esprit devenir confus ou ressentir un besoin urgent de quitter la pièce. D’autres personnes restent immobiles, se coupent de ce qu’elles ressentent ou acceptent quelque chose qu’elles auraient normalement refusé.

Après coup, les questions arrivent souvent : « Pourquoi je n’ai rien dit ? Pourquoi je n’ai pas été capable de me défendre ? »

Le figement n’est pas un manque de caractère ou de volonté. Il peut être un réflexe de protection appris dans des situations où parler, résister ou partir n’était pas possible, ou risquait d’aggraver le danger.

Aujourd’hui, ce réflexe peut toutefois compliquer certaines conversations, vous empêcher de poser une limite ou vous amener à répondre oui alors que vous auriez souhaité dire non.

Une piste à essayer

Avant de chercher immédiatement les bons mots, tentez de retrouver quelques repères dans ce qui vous entoure.

Vous pouvez sentir vos pieds au sol, repérer trois objets dans la pièce ou prendre une respiration plus lente si cela vous aide. Ensuite, une phrase simple peut vous permettre de gagner du temps :

« J’ai besoin d’un moment avant de répondre. »

ou :

« Je vais y réfléchir et je te reviens. »

Vous n’avez pas à trouver la réponse parfaite sur-le-champ. Vous pouvez vous donner le temps nécessaire pour comprendre ce que vous ressentez et choisir votre réponse.

3. Vous vous sentez souvent sur vos gardes

Même dans un endroit qui semble calme, vos épaules restent tendues. Vous portez attention aux bruits, aux expressions du visage et aux changements de ton. Vous analysez les réactions des autres et imaginez rapidement ce qui pourrait mal tourner.

Cet état d’alerte peut être présent au travail, dans les transports, au restaurant ou pendant une rencontre familiale. Une partie de votre attention demeure mobilisée par la recherche de signes de danger.

Lorsqu’une personne a déjà été prise au dépourvu, menacée ou confrontée à une situation qu’elle ne pouvait pas contrôler, cette vigilance a pu être utile. Elle lui permettait de détecter rapidement un changement et de se préparer à réagir.

Lorsqu’elle persiste dans des contextes plus sécuritaires, elle peut devenir épuisante. Elle peut affecter le sommeil, la concentration, la patience et la capacité à profiter du moment présent.

Il demeure toutefois essentiel de tenir compte de votre réalité actuelle. Rester sur ses gardes peut être une réaction à un danger passé, mais aussi à une situation présente réellement insécurisante.

Si vous vivez actuellement de la violence, des menaces, de l’intimidation ou une grande instabilité, la priorité n’est pas forcément de diminuer votre vigilance. Il peut d’abord être nécessaire d’évaluer votre sécurité et de chercher du soutien pour protéger votre intégrité.

Une piste à essayer

Lorsque vous vous sentez en alerte, demandez-vous :

« Qu’est-ce qui se passe concrètement en ce moment ? »

Puis :

« Est-ce qu’un élément du présent réveille une alerte liée à mon passé ? Y a-t-il aussi quelque chose, dans la situation actuelle, qui nécessite que je me protège ou que je pose une limite ? »

Ces questions peuvent vous aider à déterminer si vous avez surtout besoin de vous rassurer dans le moment présent, de prendre une distance ou de mettre en place une mesure concrète pour vous protéger.

4. Vous ressentez un vide ou un engourdissement intérieur

Après un traumatisme, certaines personnes ne se sentent pas nécessairement tristes ou en colère. Elles décrivent plutôt un vide, une impression d’être coupées de leurs émotions ou de fonctionner en mode automatique.

Vous accomplissez peut-être vos tâches, répondez aux attentes et poursuivez vos activités, mais avec le sentiment d’être loin de vous-même. Il peut devenir difficile de savoir ce que vous voulez, ce que vous aimez ou ce dont vous avez besoin.

Cet engourdissement peut avoir une fonction protectrice. Lorsque les émotions ont été trop intenses ou qu’il n’était pas possible de les exprimer en sécurité, prendre une certaine distance intérieure a parfois permis de continuer à avancer.

Cette protection peut cependant finir par limiter l’accès aux émotions agréables autant qu’aux émotions difficiles. Des activités autrefois appréciées peuvent sembler fades. Les relations peuvent également devenir plus distantes, même lorsque vous tenez aux personnes qui vous entourent.

Une piste à essayer

Plutôt que de chercher à provoquer une émotion ou à expliquer immédiatement ce vide, observez les moments où vous ressentez un peu plus de présence, d’intérêt ou de réconfort.

Cela peut arriver en préparant un repas, en prenant l’air, en entendant une chanson familière ou pendant une conversation où vous n’avez pas à faire semblant d’aller bien.

Vous pouvez simplement noter :

« Pendant quelques minutes, je me suis senti·e un peu plus présent·e. »

Il s’agit de recommencer à repérer ce qui vous rejoint et ce qui vous aide à reprendre contact avec vous-même.

5. Vous cherchez à garder beaucoup de contrôle pour vous sentir en sécurité

Vous planifiez beaucoup. Vous anticipez les réactions des autres. Vous imaginez différents scénarios avant une rencontre ou une sortie. Les changements de dernière minute peuvent vous rendre particulièrement tendu·e.

Votre entourage vous suggère peut-être de « lâcher prise » ou de « ne pas vous en faire autant ». Pourtant, lorsque votre passé a été marqué par l’imprévisibilité, le chaos ou l’insécurité, contrôler peut représenter bien plus qu’une simple préférence.

Prévoir les détails peut donner l’impression que rien ne pourra vous prendre au dépourvu. Cette stratégie permet parfois de réduire temporairement l’incertitude et de se sentir mieux préparé·e.

Elle devient toutefois exigeante lorsqu’elle vous oblige à tout organiser, à vérifier constamment ou à porter seul·e la responsabilité du bon déroulement des choses. Des tensions peuvent aussi apparaître lorsqu’il devient difficile de déléguer, de faire confiance ou d’accepter que les autres agissent différemment.

Une piste à essayer

Choisissez une situation du quotidien où l’enjeu demeure limité, comme une sortie au restaurant ou une visite chez un proche. Identifiez ce que vous pouvez préparer : votre heure de départ, ce que vous souhaitez apporter ou la limite que vous aimeriez exprimer. Puis, choisissez volontairement de laisser un petit détail moins planifié, par exemple laisser une autre personne choisir le restaurant ou accepter que l’horaire change légèrement.

L’objectif n’est pas de renoncer à tous vos repères, mais d’observer ce qui se passe lorsque vous relâchez un peu le contrôle dans une situation où vous vous sentez suffisamment en sécurité.

6. Vous réagissez fortement à la critique ou à certaines remarques

Une remarque relativement simple peut parfois déclencher une réaction beaucoup plus forte que prévu.

Une personne vous demande de corriger quelque chose et vous vous sentez immédiatement incompétent·e. Quelqu’un semble moins disponible et vous craignez d’être rejeté·e. Une question banale est vécue comme une accusation.

La situation actuelle peut alors réveiller des expériences antérieures de dénigrement, d’humiliation, d’intimidation ou de critique répétée. La peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir ou de perdre la relation revient rapidement.

Cela ne veut pas dire que vous exagérez ou que votre émotion n’est pas légitime. Son intensité peut cependant être amplifiée par ce que la remarque rappelle de votre histoire.

Cette sensibilité peut avoir des effets importants : éviter les évaluations au travail, chercher constamment à être rassuré·e, se défendre rapidement ou abandonner un projet par peur d’échouer.

Une piste à essayer

Après une remarque difficile, tentez de séparer ce qui a été dit de ce que vous avez immédiatement conclu.

Le fait pourrait être :

« Cette personne m’a demandé de modifier une partie de mon travail. »

L’interprétation pourrait être :

« Elle pense que je suis incapable et elle va me rejeter. »

Cette distinction ne fait pas disparaître l’émotion. Elle permet toutefois de vérifier si votre première interprétation correspond à ce qui se passe réellement.

Prendre du recul ne vous oblige pas non plus à banaliser une remarque blessante, injuste ou irrespectueuse. Vous pouvez à la fois examiner ce que la situation réveille en vous et reconnaître qu’une limite mérite d’être posée.

Lorsque la honte occupe beaucoup de place dans vos réactions, l’article La honte : la comprendre et s’en libérer peut vous aider à mieux comprendre ses effets sur les relations et l’estime de soi.

7. Vous avez du mal à demander de l’aide, même lorsque vous en avez besoin

Vous sentez que la situation devient difficile, mais vous hésitez à écrire à quelqu’un. Vous pensez à prendre rendez-vous, puis vous repoussez. Vous vous dites que d’autres personnes vivent pire ou que vous devriez être capable de vous débrouiller seul·e.

Cette difficulté peut être liée à des expériences où vos besoins ont été ignorés, minimisés ou mal accueillis. Vous avez peut-être appris qu’exprimer votre vulnérabilité entraînait du jugement, du rejet ou de la déception.

Demander du soutien devient alors chargé de plusieurs craintes : être un fardeau, ne pas être cru·e, déranger ou perdre le contrôle de la situation.

À force de tout garder pour soi, l’isolement peut s’installer progressivement. Certaines personnes attendent d’être complètement épuisées ou dépassées avant de parler de ce qu’elles vivent.

Une piste à essayer

Sans vous obliger à demander immédiatement de l’aide, complétez cette phrase :

« Si je savais que je ne dérangeais pas, j’aurais besoin de… »

La réponse pourrait être :

  • que quelqu’un m’écoute ;
  • d’avoir de l’aide pour une démarche ;
  • de ne pas être seul·e ce soir ;
  • de parler à un professionnel.

Mettre des mots sur ce dont vous auriez besoin est déjà un premier pas. La demande pourra ensuite être adaptée à votre rythme et adressée à une personne que vous considérez comme suffisamment sécurisante.

Lorsque certaines stratégies utilisées pour composer seul·e avec la douleur entraînent d’autres difficultés (consommation, surmenage, isolement ou comportements impulsifs) l’article Traumatismes et comportements à risque offre des repères supplémentaires.

Quand les signes d’un traumatisme passé nuisent à votre quotidien

Se reconnaître dans un ou plusieurs de ces signes peut vous amener à observer la place qu’ils occupent dans votre vie.

Est-ce que ces réactions affectent votre sommeil, votre travail, vos relations ou votre capacité à accomplir vos activités habituelles ? Vous empêchent-elles de poser des limites, de prendre des décisions ou de vous sentir suffisamment en sécurité ? Avez-vous l’impression d’éviter de plus en plus de situations ou de ne plus vous reconnaître ?

Lorsque ces difficultés prennent beaucoup de place, un accompagnement psychosocial peut vous aider à examiner ce qui déclenche vos réactions, ce qu’elles ont pu chercher à protéger et ce qui pourrait aujourd’hui vous redonner davantage de stabilité.

Le suivi peut aussi vous permettre d’identifier des moyens adaptés à votre réalité, d’exprimer plus clairement vos besoins et de mobiliser les ressources disponibles autour de vous.

Pour réfléchir au moment où il peut être pertinent de chercher du soutien, vous pouvez consulter l’article Stress post-traumatique : quand consulter un travailleur social ?

Mieux comprendre ses réactions pour retrouver du pouvoir d’agir

S’excuser constamment, figer, rester sur ses gardes ou vouloir tout contrôler ne sont pas nécessairement des défauts qu’il faudrait simplement éliminer. Ces réactions ont parfois été apprises dans des situations où vous disposiez de peu de pouvoir, de soutien ou de possibilités pour vous protéger.

Les comprendre permet de porter un regard différent sur vous-même. Au lieu de vous demander uniquement :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

vous pouvez commencer à vous demander :

« Qu’est-ce que cette réaction essaie de protéger ? »

« Est-elle encore adaptée à ma réalité actuelle ? »

« De quoi aurais-je besoin aujourd’hui ? »

Comprendre une réaction ne la fait pas disparaître d’un coup. Cela peut toutefois vous aider à la reconnaître plus tôt et à retrouver davantage de choix dans votre manière d’y répondre.

Le changement commence parfois modestement : une excuse remplacée par un merci, un délai demandé avant de répondre, une limite exprimée plus clairement ou un besoin partagé un peu plus tôt.

Pour poursuivre cette réflexion et découvrir une démarche plus globale, consultez l’article Se reconstruire après un traumatisme.

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Homme en consultation psychosociale individuelle.
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Nous sommes là pour vous écouter, vous épauler et vous aider à retrouver un sentiment de sécurité et de contrôle dans votre quotidien. N’hésitez pas à nous contacter pour discuter de la manière dont nous pouvons vous aider à avancer sur ce chemin.

Matthieu Hammond-Rivard

Matthieu Hammond-Rivard est travailleur social chez Les Psychosociaux. Il accompagne des adultes vivant différentes difficultés personnelles, relationnelles ou liées à des événements traumatisants.